Bague médiévale en or et nielle de la période saxonne. 9e siècle.

Rarissime bague en or du haut moyen-âge saxon. Le chaton circulaire est en forme de disque plat gravé d’un motif zoomorphique gravé en champlevé, rempli de nielle (sulfure de fer d’aspect noir brillant), représentant un animal fantastique, le museau effilé, les machoires légèrement recourbées aux extrêmités, le corps sinueux figuré de profil et ne montrant que deux pattes fourchues, la tête tournée vers l’arrière et se mordant le bout de la queue. L’anneau est formé, à la manière des anneaux saxons archaïques, d’un fil torsadé de section carrée qui se rattache au chaton par des épaules gravées d’un chevron évoquant un motif floral très stylisé.
Excellent état, grâce à une restauration soignée du nielle d’origine, protégé par un vernis spécial.
Angleterre, Northumbrie ( ?), période saxonne, probablement fin du 9e siècle.

Prix sur demande

A l’exception des simples joncs torsadés, une poignée de bagues en or ornées d’un décor ont survécu aux vississitudes du temps. Trouvées à l’intérieur des chambres funèraires princières, enfouies sous les tumuli, elles sont presque toutes conservées actuellement au British Museum (cf. Charles Oman, British Rings 800-1914, 1974. ref. 6D, 7A et D, 9A-B). C’est ainsi la cas de la bague d’Ethelwulf, roi de Wessex au début du 9e siècle et père d’Alfred le Grand. Trois bagues portent un décor assez semblable à la nôtre. L’une (6D) porte un lion de facture un peu différente. L’autre (7A), en vermeil, porte une sorte de dragon et date de la fin du 8e siècle. La troisième (9A-B), trouvée dans la rivière Reno en 1910, est gravée de plusieurs « monstres » rappelant assez le nôtre, que l’auteur rapproche des motifs zoomorphes ornant les enluminures des manuscrits de l’école de Cantorbury du 8e siècle. Mais l’équivalent stylistique le plus proche se trouve figuré sur un des compartiments de l’anneau dit de Alhstan (7D) trouvé au Pays de Galles (en 1753) et daté du 9e siècle.

Pour trouver des équivalents formels à ce petit animal, il faut se tourner vers l’enluminure hiberno-saxonne. On retrouve pratiquement la même iconographie zoomorphe sur le décor d’un Evangile de Northumbrie, datant du 8e siècle, conservé à la Bibliothèque de Saint-Petersbourg (Lat.F.v.I.8). Des animaux chimèriques de ce type (tête effilée à « bec » entrouvert, pattes fourchues, corps linéaire sinueux, mouvement entrelacé, renversement de la tête et enroulement de la queue…) bordent ou remplissent également les feuillets du Book of Burrow (provenant du monastère de Iona, 7e siècle ; conservé au Trinity College de Dublin), ainsi que ceux du célèbre Book of Lindisfarne (fin du 7e siècle, British Library). Dans les marges de l’Evangile de Maeseyck, provenant des ateliers d’York au 8e siècle, les corps sont plus réalistes, plus modelés, moins stylisés.
Selon Carl Nordenfalk (auteur de : L’enluminure au Moyen-Age, Skira, 1988), le berceau de cette ornementation zoomorphe se trouverait dans le royaume de Northumbrie (des Saxons du Nord), au 7e siècle, d’abord dans les motifs d’orfèvrerie et d’harnachement guerrier, puis passant de là à l’enluminure des livres de missionnaires et se propageant ainsi jusqu’au sud de l’Angleterre et en Irlande.
Un spécialiste de l’orfévrerie irlandaise, Maire Mac-Dermott, recense et discute cette iconographie animalière qu’il retrouve, foisonnante, sur la célèbre crosse de Kells (British Museum). Il date ce chef d’œuvre de l’art irlandais de la fin du 9e siècle. Il analyse l’évolution du motif animalier depuis son apparition en Northumbrie (au sud de l’Ecosse) au 7e siècle, puis en Irlande, dans la seconde moitié du 8e siècle (Broche de Tara), jusqu’à son évolution tardive en Irlande (châsse de Saint Molaise) et en Scandinavie au 11e siècle. Et il ressort de son article que la comparaison stylistique la plus pertinente que l’on puisse faire de l’animal gravé sur notre bague est avec celui qui figure sur l’embout de courroie trouvé à Tarnotie (Kirkcudbrightshire) dans l’ancienne Northumbrie (royaume des Saxons du Nord, au sud de l’Ecosse, et qui est daté 875-900.

Dans le cas qui nous occupe, l’orfèvre qui a réalisé cette bague pour un personnage de premier plan, fit preuve d’un remarquable sens artistique, utilisant au mieux tous les éléments du répertoire dont il disposait, en un ensemble original, cohérent et lisible, s’adaptant au mieux aux contingences de l’espace restreint et circulaire qui lui était imparti par la forme du chaton. La souplesse linéaire du corps de l’animal, son côté déstructuré, lui confèrent une énergie vitale et sauvage, très « barbare », tandis que, dans le même temps, l’harmonie générale, la clarté du dessin, la pose presque « héraldique » de l’animal, lui confèrent mystère, force et majesté.
Une réussite majeure de l’art saxon, pouvant être attribué à la fin du 9e siècle ou au début du 10e siècle.

Refs. Pour une discussion de la datation, voir l’article de Maire Mac Dermott, The Kells Crosier, in Archaeologia of the Society of antiquaries of London, vol. XCVI, 1955, p. 59-114. Pour des équivalents en bagues, voir : London, Victoria & Albert Museum, M. 277-1920 and 629-1871 (Oman, 1930, nos. 226 and 228) ; London, British Museum (Dalton, 1912, no. 180) (bibliographie) ; Charles Oman, British Rings 800-1914, 1974. ref. 6D, 7A, 9A-B