Bague de deuil « Memento Mori » en or et cristal de roche, Angleterre, 1710

Rare bague de deuil « Memento Mori » en or. La conception de la bague remonte au 17e siècle. L’anneau demi-jonc présente des épaules gravées de motifs végétaux autrefois émaillés de noir. L’intérieur de l’anneau est gravé aux initiales du défunt ou de la défunte, décédé(e) le 23 décembre 1710, à l’âge de 24 ans : « M.C. obiit 23 December 1710 aetate 24 ». Le chaton oval en bâte est serti d’une tressage de cheveux orné d’une petite tête de mort peinte en émail et des initiales M.C. en filigranes, l’ensemble recouvert d’un cristal de roche taillé à facettes (dit « Stuart crystal »). Les côtés du chaton sont creusés d’alvéoles remplies d’émail noir et blanc. Au dos du chaton figure la marque du joaillier.
Excellent état d’origine, avec quelques lacunes à l’émail.

Angleterre, période Stuart, 1710.

Dimansions du chaton : 11 x 10 mms
Taille de doigt : 55 (modifiable)
Poids : 3.7 grs

Il existe une certaine ambiguïté entre les bagues « memento mori » et les bagues de deuil. La bague « memento mori » (formé des verbes latins « memini » et « morior » et qui signifie littéralement : « souviens toi du fait de mourir ») a pour but de préparer l’esprit du porteur au trépas, en lui mettant sous les yeux l’image de la mort. La bague de deuil, quant à elle, commémore le souvenir d’un défunt. Depuis au moins la fin du 15e siècle la représentation de la mort sous forme d’un crâne, d’ossements, de squelette ou d’urne, fut associée au souvenir d’un défunt précis dont on gravait le nom ou les initiales et souvent la date du décès et l’âge. Les plus anciens crânes (15e siècle – 16e siècle) sont gravés dans le métal du plateau ou d’un anneau large, parfois rehaussés d’émail blanc. Au 17e siècle, les crânes ressortent parfois en ronde bosse et font office de tête de bague (cf les quelques pièces des collections publiques anglaises dans C. Oman, « British Rings », London, 1974, pl. 85-86 ; et le magnifique ex. du British Museum, portant l’inscription explicite « Memento Mori », illustré dans l’ouvrage de D. Scarisbrick, « Les Bagues », Paris, 1993, p.109).

À partir du début du 17e, les riches Anglais laissaient de l'argent dans leurs testaments pour faire fabriquer et distribuer des bagues de deuil (« mourning rings ») à leurs amis et familles. Il s’agissait le plus souvent de simples anneaux émaillés (le plus souvent en noir, mais aussi en blanc, pour les enfants et les célibataires) avec le nom (ou les initiales) et les dates de vie du défunt. À l’époque des Stuarts (1603 – 1714), les plus riches de ces bagues étaient serties d'une pierre ou d’un chaton orné d'un cristal facetté recouvrant un symbole tel qu'un cercueil ou des initiales en fil d'or, le plus souvent sur fond de cheveux tressés, transformant ainsi la bague en reliquaire. Lorsqu’ils subsistent, les crânes se font plus discrets, relégués (comme pour notre bague de 1710) en accessoire sur un fond de cheveux au fond des chatons recouverts de cristal. Mais si la notion de « memento mori » s’efface quelque peu devant celle du deuil et du souvenir, elle ne disparaît pas entièrement, comme nous le rappellent les fameuses « skeletal rings » de la première moitié du 18e siècle, où la représentation d’un squelette en reserve sur un fond d’émail noir occupe tout la circonférence de l’anneau.

C’est à partir de la seconde moitié du 18e siècle que, dans les « mourning rings », la place d’honneur est définitivement retirée à la Mort pour être donnée aux défunts. Les mentions du défunt, ses cheveux (tressés ou coupés et collés pour former des motifs) ou son portrait (en miniature ou en silhouette) ne sont plus accompagnés de représentations réalistes de la mort, mais plutôt de symboles du Temps qui passe (sablier, Chronos…) et du chagrin de ceux qui restent (saule-pleureur, colonne brisée, obélisque, femme en pleurs, lévrier, lierre…).

Véritable bague de musée, notre bague de 1710 est rare et recherchée. La patine de l’or et les petits manques de l’émail indiquent un usage véritable et prolongé qui la rend d’autant plus émouvante qu’elle commémore le décès d’un être jeune, mort à l’âge de 24 ans. Elle relève stylistiquement de la fin du 17e – début du 18e siècle (cf. Victoria & Albert Museum, M.95-1913, M.21-1929, 1124-1864, 1639-1903 ; British Museum, AF.1569 – AF.1587 ; Koch, 790). Elle est de ce type mixte de « mourning ring » évoqué plus haut, mettant à la fois la Mort sous nos yeux (avec le crâne) et livrant les initiales et les dates d’un défunt précis dont elle entretient le souvenir. Elle correspond à ce qui est décrit dans le testament du contre-amiral Sir John Chicheley (1690) : « I desire you will give to Lord George a Mourning Ring according to the new fashion with my haire and Cypher » (« Je désire que vous donniez à Lord George une bague de deuil selon la nouvelle mode avec mes cheveux et mon chiffre »).